Friedrich Konrad Dietrich WYNEKEN

Dimanche 21 mars 2010, par Guillaume Duffort // Magazines

Prédicateur itinérant – à cheval – au Far West

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Friedrich Konrad Dietrich WYNEKEN (1810-1876)

« Passe en Macédoine et secours-nous ! » (Ac 16.9) Cet appel adressé à l’apôtre Paul le poussa à venir évangéliser l’Europe. De façon analogue, Friedrich Wyneken, âgé de 28 ans, a suivi un appel pour annoncer l’Evangile au … Far West.Né le 13 octobre 1810 à Verden (Allemagne du Nord), il a étudié la théologie, puis a été précepteur (ce qui l’a fait voyager en France et en Italie), puis recteur de l’école latine de Bemervörde (Allemagne).Reçu brillamment candidat au ministère pastoral (en réfutant les positions rationalistes de son examinateur – il fallait le faire !), la détresse spirituelle de ses nombreux compatriotes luthériens émigrés aux USA et disséminés dans le Middle West l’a déterminé à les suivre pour les desservir. C’était en 1838. Il débarque à Baltimore (Maryland), à l’époque la seconde ville la plus peuplée du pays, y remplace pendant six semaines un pasteur malade, puis, dès septembre 1838, poursuit sa route, d’abord en train jusqu’à Pittsburgh (Pennsylvanie), puis, en péniche jusqu’à Zelienople (à 45 km au nord de Pittsburgh), enfin, à partir de là, à cheval.

Missionnaire itinérant à cheval (1838-1845)

Envoyé en Indiana pour y rassembler les luthériens en paroisses, la détresse spirituelle qu’il rencontre dans l’Ohio l’amène à s’y arrêter pour y prêcher une fois par jour durant une semaine, pour baptiser des enfants, même une jeune fille et une jeune mère, et pour administrer la Cène.Arrivé à Decatur, au sud-est de Fort Wayne (Indiana), où il avait été envoyé par le Comité des Missions du Synode de Pennsylvanie, il s’occupe de deux paroisses sans pasteur. De là, il va partir pour ses grands voyages missionnaires, comme l’apôtre Paul partait d’Antioche de Syrie.Son premier voyage missionnaire (2 oct. – 16 nov. 1838) le conduit dans l’Ohio, le Michigan et différentes parties de l’Indiana.Le 2 janvier 1839, il retourne (un peu comme Paul l’avait fait) visiter des groupes qu’il a desservis lors de son premier voyage dans différents endroits de l’Indiana. Il doit marcher à côté de son cheval en raison du verglas, tombe malade, mais est de retour le 25 janvier.Il se met tout de suite à écrire pour qu’on envoie plus de missionnaires, vu le grand nombre de luthériens sans pasteurs.Bientôt, il demande à ne plus être missionnaire aux ordres du Synode de Pennsylvanie et de pouvoir desservir les deux paroisses de Decatur et de Fort Wayne, lesquelles ont, cependant dû lui promettre de pouvoir s’absenter de temps en temps pour s’occuper des disséminés.Il n’y a ni église ni presbytère, il loge chez un paroissien à Fort Wayne. Les cultes sont célébrés une fois ici, une fois là, et l’instruction des enfants se fait souvent en plein air.Finalement, son hôte lui construit un « presbytère » : une cabane de rondins calfeutrés avec de la mousse, d’environ 5 m sur 3 m, sans fenêtre (il faut laisser la porte ouverte si le pasteur veut travailler. Mais il est plus souvent dehors que dedans.)Les anecdotes où il s’est perdu en forêt, surtout de nuit, sont légion. Il s’effore d’avoir un habit convenable pour assurer ses cultes, mais ils sont souvent usés.Un pasteur de Baltimore écrit : « Wyneken est un héro de la foi qu’on n’était habitué à chercher que dans des temps depuis longtemps révolus. Combien son exemple est honteux pour beaucoup d’entre nous qui, installés dans la paix et la tranquillité, avons plus que le nécessaire et n’avons pas l’intention d’apporter le moindre

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Maison des Wyneken à Decatur

sacrifice à notre Seigneur en servant ses pauvres frères. »La vie au Far West est rude et bien des gens ne vivent pas selon l’Evangile. Wyneken s’investit beaucoup pour suivre pastoralement les égarés et les ramener à un comportement qui fait honneur à leur Seigneur et Sauveur.Le 31 août 1841, il épouse Marie Sophie Wilhelmine Buuck.En octobre 1841, il part en Allemagne (avec son épouse) pour une tournée de conférences en vue de susciter des vocations. Il rédige un appel à propos de « la détresse des luthériens » aux USA. Suite à cela, Wilhelm Löhe, un pasteur de Bavière (Allemagne) se met à former des missionnaires pour lui venir en aide. En été 1843, Wyneken est de retour dans ses paroisses.ces et d’affermir sa position biblique.A son retour, il découvre que le pasteur qui devait desservir ses paroisses les a abandonnées. Il se remet au travail en veillant à faire d’elles des paroisses luthériennes confessionnelles. Cela ne plaît pas à tout le monde. Il fait partie du « Synode de l’Ouest » auquel appartiennent des prédicateurs de l’Indiana, de l’Illinois, du Tennessee et du Kentucky. On l’accuse d’être catholique romain. Aussi invite-t-il l’assemblée synodale à se tenir dans sa paroisse à Fort Wayne pour qu’elle se rende compte du caractère luthérien de son travail.Alors qu’il doit défendre sa position luthérienne au sein même de son synode, il découvre « qu’il y a, Dieu merci ! encore d’autres luthériens en Amérique ». Il vient de recevoir le premier numéro (1er sept. 1844) du journal « Le Luthérien » édité par le Pasteur F. C. W. Walther, de Saint-Louis (Missouri).En même temps, et parallèlement à l’envoi de pasteurs par Löhe à partir de l’Allemagne, Wyneken commence à former deux hommes sur place. Ce sera le début du Séminaire Théologique Luthérien Concordia de Fort Wayne.Ici se termine sa vie de missionnaire itinérant.

Pasteurà Baltimore (Maryland, 1845-1850) et à Saint-Louis (Missouri, 1850-1859)

En mars 1845, il suit un appel de la Paroisse St-Paul de Baltimore (Maryland). Il découvre rapidement qu’elle n’est pas luthérienne et se met à y remédier. Devant l’opposition au sein de son synode, il se rapproche du « Synode Evangélique Luthérien (de langue allemande) du Missouri, de l’Ohio et d’autres états » (fondé en avril 1847 à Cleveland, Ohio) et s’y rattache avec sa paroisse en été 1848.

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Wyneken âgé

Il est sans doute le premier pasteur des Etats-Unis à prendre position contre la franc-maçonnerie. Sa paroisse décide qu’on ne pouvait pas être paroissien et franc-maçon.Il porte particulièrement ses efforts sur la préparation de ses sermons, sur la catéchèse (au cours du culte) et la cure d’âme.En 1850, il suit un appel de la Paroisse év. luth. de la Ste-Trinité de St-Louis (Missouri). La même année il est élu à la tête du « Synode Evang. Luth. du Missouri, de l’Ohio et d’autres Etats » commePrésident synodal(1850-1864)Après la restructuration du Synode en 4 districts, il est réélu à ce poste. Comme président synodal, il doit visiter les paroisses et les écoles dans les différents districts, assister à leurs conférences pastorales.En 1851, il fait un voyage avec le Prof. C. F. W. Walther en Allemagne.Comme ses obligations synodales lui prennent trop de temps et qu’en plus il connaît des problèmes de santé, il s’installe en 1860 avec sa famille à Fort Wayne (Indiana). Dès 1863, il demande à être relevé de sa fonction de président synodal ; ce n’est que l’année suivante qu’il est remplacé par le Prof. C. F. W. Walther.

Pasteur à Cleveland (Ohio, 1864-1876)

Il accepte un appel de la Paroissse év. luth. de la Ste-Trinité de Cleveland (Ohio) avant d’être remplacé comme président synodal. Il est déjà usé, fatigué. Mais sa santé s’améliore dans cette paroisse pas trop grande et bien regroupée autour de l’église. Mais un de ses fils devient son pasteur assistant parce qu’il ne peut plus faire face aux devoirs d’un pasteur.En octobre 1875, il se rend à San Francisco (Californie) pour y guérir d’un asthme tenace, mais dès le 4 mai 1876, le Seigneur le rappelle à lui. La nouvelle de son décès tombe en pleine assemblée synodale du District Ouest. Des cultes commémoratifs sont célébrés un peu partout, surtout là où passe son cercueil (le 13 mai à St-Louis, le 15 mai à Fort Wayne). Le 16, il est enterré à Cleveland (Ohio).« Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la Parole de Dieu. Considérez quelle a été l’issue de leur vie, et imitez leur foi. » (Hé 13.7)

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